La CPF partie prenante de l’initiative Pomme de terre et Patate douce en Afrique de l'Ouest

Présentation de l’initiative Pomme de terre et Patate douce

Dynamique et enjeux des filières pomme de terre et patate douce en Afrique de l’Ouest
L’Afrique de l’Ouest constitue une des régions du monde où les problèmes d’insécurité alimentaire et nutritionnelle sont persistants depuis des décennies. En cause, de nombreux facteurs défavorables : variabilité et changement climatiques, faible productivité des systèmes de production, et une demande alimentaire croissante due au boom démographique soutenu de la région ; fragilités des politiques de soutien aux systèmes alimentaires. Il en résulte une dépendance alimentaire qui reste très forte en ce qui concerne les produits céréaliers, carnés et qui se traduit par des importations qui grèvent la balance commerciale des États de la région.


Un des domaines où la région semble tirer son épingle de jeu est celui des racines et tubercules.
Figurant parmi les premières régions productrices de manioc et d’igname, la région ne réalise pas moins des progrès importants en ce qui concerne la pomme de terre et la patate douce. Considérées comme des produits à forte potentialité de productivité, à même de contribuer efficacement à la lutte contre l’insécurité alimentaire, le chômage et le sous emplois des jeunes et des femmes, la pomme de terre et la patate douce commencent à faire une percée remarquable dans de nombreux pays de la région.
La production des deux spéculations a connu un bon remarquable ces dernières années.
La production de la pomme de terre est passée de quelques 50 400 tonnes en 1980 à près de 2 000 000 de tonnes actuellement. Si la majeure partie de la production est toujours fournie par le Nigeria (environ 1 300 000 tonnes), d’autres pays commencent à réaliser des performances importantes. La production du Sénégal est passée de quelques 12 000 tonnes en 2011 à 178 000 tonnes en 2018-19. Celles du Mali, de la Guinée et du Niger sont passées respectivement de 103 000 à 300 000 tonnes, de 13 400 à 50 000 tonnes et de 97 510 à 168 000 tonnes au cours de la même période. La production du Burkina-Faso demeure modeste, oscillant entre 3 000 et 4 000 tonnes.
Celle de la patate douce est passée de quelques 314 127 tonnes en 1980 à 4 124 120 tonnes en 2016 et à plus de 5 000 000 de tonnes de nos jours.
Cet accroissement de l’offre régionale de pomme de terre et de patate douce résulte des efforts et de l’engagement des différents groupes d’acteurs depuis le début des années 1990. Par exemple dans les quatre pays ciblés, de nombreuses fédérations comme la FPD en Guinée, la FNGN au Burkina Faso, l’AOPP au Mali et la Fédération des maraîchers des Niayes au Sénégal ont su mettre en œuvre des innovations au plan organisationnel et des services pour soutenir les investissements des exploitations familiales dans ces chaînes de valeur. Aussi, les gouvernements ont mis en place des infrastructures de conservation gérées par les OP (Guinée, Burkina Faso) et des mesures de protection des marchés domestiques (Guinée, Sénégal). De nombreuses sociétés privées fournisseuses d’intrants, au regard du potentiel qu’offre les chaînes de valeur de la pomme de terre, ont noué des partenariats avec les producteurs qui ont permis de faire des commandes groupées de semences (Le CAC, UCOBAM et King Agro au Burkina Faso, la Sokasoise au Mali…) avec des succès divers. Au Sénégal et au Burkina Faso les systèmes nationaux de recherche se sont investis dans la sélection et la multiplication de nombreuses variétés de patate douce.

La plupart de ces initiatives demandent actuellement à être consolidées, dynamisées au regard des mutations du contexte et de l’évolution des groupes d’acteurs, de leurs offres de services et/ou besoins.
Toutefois, les performances ci-dessus évoquées, soutenues par les dynamiques des acteurs en cours, cachent mal les problèmes majeurs auxquels les filières pomme de terre et patate douce sont confrontées, notamment : (i) les difficultés d’accès aux semences, (ii) la maitrise des problèmes parasitaires, (iii) la gestion des ressources en eau (les cultures se pratiquant entre Octobre et Mars), (iv) les problèmes de conservation des produits, (v) les problèmes de mise en marché et concurrence des produits importés, (vi) les difficultés d’accès au crédit de campagne, etc.
Ces difficultés expliquent en partie pourquoi tous les pays demeurent dépendants des importations de la pomme de terre du marché international pour couvrir leur besoin domestique. En effet, à l’exception de la Guinée, qui a réduit ses importations de presque 70%, les autres pays ont vu leurs importations augmenter de 2006 à 2010 : celles du Mali sont passées de 399 tonnes à 3 914 tonnes, soit presque 10 fois le volume de 2006, le Burkina-Faso de 323 tonnes à 952 tonnes et le Sénégal de 45 149 tonnes à 78 832 tonnes, soit 75% d’augmentation.
L’initiative engagée par le ROPPA et l’ASPRODEB pour dynamiser le développement des chaînes de valeur pomme de terre et patate douce
Au regard de ce contexte et de l’engagement de nombreuses fédérations membres des plateformes nationales du ROPPA dans ces 2 filières, le réseau et l’ASRODEB ont convenu de mettre en œuvre une initiative visant à développer, aux niveaux national et régional, des espaces de concertation, de collaboration et d’action, en vue de renforcer et structurer les initiatives des acteurs impliqués dans les chaînes de valeur pomme de terre et patate douce.
Le Conseil d’Administration du ROPPA a validé cette initiative, permettant ainsi de planifier des appuis pour son démarrage dans le cadre du projet OPenACP. Une mission d’échanges, organisée à Timbi Madina en Guinée, entre les présidents des plateformes nationales des 4 pays concernés et le Directeur de l’ASPRODEB, a permis d’adopter les objectifs de cette initiative et les grandes orientations méthodologique pour son déroulement.

Par ailleurs cette initiative du ROPPA et de l’ASPRODEP en Afrique de l’Ouest s’inscrit dans une dynamique continentale portée par la PAFO et Agricord, en partenariat avec la Fédération Internationale des Producteurs de Pomme de Terre.
Objectifs et résultats attendus
Objectifs
L’objectif général est de contribuer à un développement inclusif et durable des filières pomme de terre et patate douce en Afrique de l’Ouest afin de soutenir les stratégies visant la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la réduction de la pauvreté et de création d’emplois décents, notamment pour les femmes et les jeunes.
De façon spécifique, il s’agira de :
Réaliser une cartographie des principaux bassins de production de la pomme de terre et de la patate douce dans 4 pays en Afrique de l’Ouest ;
Adopter des actions majeures et des cadres organisationnels à mettre en œuvre pour renforcer et structurer les initiatives de l’ensemble des groupes d’acteurs impliqués dans les chaînes de valeur pomme de terre et patate douce ;
Assurer un fort plaidoyer pour l’appropriation de l’initiative pomme de terre et patate douce par les institutions d’intégration régionale (CEDEAO, UEMOA) et de coopération technique (CILSS, CORAF), et les membres de l’ECOWAP Donor Group
Mettre en place un cadre régional pour assurer la concertation, la coordination, la convergence, la capitalisation et le suivi des initiatives de développement des filières pomme de terre et patate douce.
Résultats attendus
Le profil des filières pomme de terre et patate douce est établi dans les 4 pays pilotes de l’initiative ;
Des plans d’actions nationaux et des cadres de concertation, de dialogue et d’actions sont adoptés au niveau des 4 pays pour renforcer et structurer les initiatives des différents groupes d’acteurs impliqués dans les chaînes de valeur pomme de terre et patate douce ;
L’initiative pomme de terre et patate douce est prise en compte dans les politiques de développement du secteur ASHP au niveau régional (PRIASAN, PCD-TASAN) et national (PNIASAN) et dans les projets/programmes et initiatives majeurs soutenus par les partenaires au développement (BM, BAD, Donor Group…) ;
Un cadre d’intervention est adopté et une alliance régionale est mise en place au niveau régional pour accompagner la concertation, la coordination, la convergence, la capitalisation et la mutualisation des acteurs des chaînes de valeur de la pomme de terre.
Démarche méthodologique préconisée
Les consultations préconisées pour la construction des actions dans le cadre de l’initiative se feront alternativement à travers des rencontres régionales essentiellement par visio conférence et des rencontres nationales principalement en présentiel tant que les conditions sanitaires le permettront. Ces rencontres regrouperont les principaux acteurs des filières pomme de terre et patate douce des quatre pays ciblés (Burkina Faso, Guinée, Mali et Sénégal), les responsables des structures publiques nationales et des institutions régionales en charge du secteur ASPH, les systèmes nationaux et régionaux de recherche, les institutions de financement.
Cette démarche comportera deux étapes :
(Une première étape de consultations internes aux OP :
L’objectif visé à cette étape est de favoriser une bonne appropriation de cette initiative par les principales fédérations engagées dans les 2 filières au niveau des 4 pays. Il s’agit également de permettre aux OP de faire une lecture/analyse commune sur les enjeux, les dynamiques en cours et des propositions pour les actions majeures à développer en vue d’améliorer l’accès des producteurs aux services nécessaires et renforcer le cadre organisationnel et de gouvernance. Cette étape comprend:
• Une rencontre régionale d’information et de préparation. Elle se déroulera en ligne avec la participation des responsables des principales fédérations engagées dans la production de la pomme de terre et de la patate douce et les responsables des plateformes nationales ROPPA des 4 pays ciblés. L’objectif est de leur présenter l’initiative et les attentes (TDR + grilles d’analyse) vis-à-vis de leurs équipes pays. Cette rencontre permettra de recueillir l’adhésion et l’engagement des fédérations dans les différents pays et d’adopter une feuille de route et un plan de travail global ;

• une concertation nationale dans chacun des 4 pays. L’objectif est de faire une lecture de l’environnement et des dynamiques des 2 filières par les OP en s’appuyant sur les guides d’analyse indicatifs. Cette rencontre permettra aussi de renforcer l’information et la mobilisation des OP. Elle réunira les producteurs organisés au sein des interprofessions, des groupements et autres coopératives, identifiés avec le concours des responsables des fédérations et plateformes nationales du ROPPA. Elle se déroulera en ligne ou en présentiel selon le contexte du pays. A l’issue de la rencontre les OP, en plus de leur document d’analyse et de propositions, mettront en place un noyau de suivi et de coordination qui sera appuyé par la plateforme nationale;
• une concertation régionale de synthèse impliquant les responsables des organisations des producteurs de pomme de terre et de patate douce des quatre pays. Cette VC de synthèse sera sanctionnée par une sorte d’engagement visant à donner un contenu opérationnel à une plateforme régionale réunissant toutes les organisations de producteurs des quatre pays.
Une seconde étape de consultations élargies
L’objectif visé à travers cette étape est de (i) consolider l’analyse des OP pour construire les profils des 2 filières au niveau des 4 pays et au niveau régional ; (ii) consolider les propositions d’actions majeures pour améliorer les services au profit des différents acteurs des chaînes de valeur ; (iii) mobiliser l’engagement des partenaires, des institutions de financement, des structures publiques nationales et des institutions régionales (CEDEAO, UEMOA, CILSS). Cette étape comprend :
• Une concertation multi-acteurs nationale impliquant les organisations de producteurs de chaque pays, les institutions de la recherche agricole et de technologie alimentaire, les fournisseurs d’intrants et équipementiers, les acteurs clés de la transformation agroalimentaire, les partenaires au développement (FAO, FIDA…), les institutions financières (BAD, BM, Banques commerciales…), ainsi que les ONG qui s’investissent dans la vulgarisation des méthodes et techniques de production, de conservation. Cette séquence de concertation sera élargie aux opérateurs économiques (importateurs, collecteurs et distributeurs) de pomme de terre et de patate douce. Elle a pour finalité de produire un plan d’action consensuel national pour le développement de la pomme de terre et de la patate douce. Elle permettra de projeter un cadre national de concertation, de dialogue et d’action permettant une gouvernance concertée ;
• Une concertation régionale de présentation et discussion des plans d’action consensuels nationaux pour le développement de la pomme de terre et de la patate douce. Cette concertation a pour finalité de produire les orientations (vision, objectifs et résultats attendus, effets et impacts attendus, bénéficiaires, actions prioritaires et coûts, mécanisme de mise en œuvre) de l’initiative régionale de développement des filières pomme de terre de consommation et patate douce au Burkina Faso, en Guinée, au Mali et au Sénégal. Elle permettra d’adopter une feuille de route globale pour sa mise en œuvre ;
• Une consultation régionale de présentation de l’initiative régional (processus de construction, vison, objectifs, résultats attendus, acteurs engagés, cadre organisationnel de portage…) aux banques, PTF, institutions régionales d’intégration économiques et de coopération technique. L’objectif est de susciter l’engagement et le soutien de ces acteurs et/ou de développer des synergies avec leurs actions et initiatives en cours.
Chaque concertation technique nationale et régionale sera soutenue par une grille d’évaluation et d’analyse des enjeux, des défis, des priorités d’intervention et de l’environnement global de développement des deux tubercules : pomme de terre et patate douce.
Chacun des 4 pays ciblés doit mettre en place :
• Une première équipe restreinte pays constituée des responsables des fédérations engagées dans la production de la pomme de terre et de la patate douce et des responsables des plateformes nationales ROPPA des 4 pays ciblés. Elles chargées de la préparation des documents à présenter aux concertations internes au ROPPA ;
• Une équipe élargie à l’ensemble des acteurs qui pourraient faire partie d’une plateforme d’appui à la promotion des chaines de valeur pomme de terre et patate douce dans le pays. Cette équipe élargie doit porter les propositions pays aux consultations régionales élargies.

Chaque visioconférence regroupant les 4 pays comporte (i) une cérémonie d’ouverture; (ii) une présentation introductive des objectifs du processus et du projet, (iii) des travaux de groupe pour chacun des quatre pays, (iv) une restitution des résultats de travaux de groupes, (v) des discussions générales, (vi) une synthèse des décisions et recommandations, et (v) une clôture des travaux.

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